Erin Gee

Erin Gee — Art Sonore, Canadá

Artiste montréalaise travaillant avec des biosenseurs, l’ASMR comme médium et les interfaces corporelles pour transformer les données biométriques en matière sonore et spatiale.

Biographie

Erin Gee travaille avec le corps comme instrument de mesure et le son comme réponse. Cette artiste montréalaise a construit une pratique qui dépasse les catégories usuelles de la musique expérimentale : ses oeuvres mesurent les signaux biométriques des interprètes et des spectateur·rices — rythme cardiaque, réponse galvanique de la peau, activité musculaire — pour les transformer en matière sonore et spatiale. Le résultat n’est pas de la musique sur le corps : c’est de la musique à partir du corps.

Pratique artistique

La singularité du travail de Gee tient à un déplacement conceptuel précis : l’ASMR, phénomène acoustique généralement associé à la détente autonome et aux vidéos de murmures sur YouTube, devient chez elle un médium artistique à part entière. Elle en a documenté les mécanismes perceptifs, en a théorisé la dimension relationnelle et l’a intégré dans des installations où le corps du public est à la fois récepteur et producteur de son. Ce glissement — de la consommation passive à la participation biologique — est le coeur de sa démarche.

Ses installations font dialoguer des capteurs biométriques placés sur les corps des performeur·euses avec des systèmes de traitement audio en temps réel. La réponse galvanique de la peau — une variation de conductivité liée à l’activation émotionnelle — devient une source de contrôle pour la synthèse sonore. Les variations respiratoires et cardiaques alimentent des algorithmes qui transforment ces données physiologiques en paramètres musicaux. L’oeuvre existe dans l’espace entre la mesure et la sensation : ce que le corps ressent devient ce que l’oeuvre produit.

Ce cadre théorique et pratique l’a amenée à collaborer avec l’artiste argentine Magdalena Molinari sur Sensitive Superpositions (2021–2022), une installation en réalité virtuelle développée avec le soutien d’Amplify D.A.I. L’oeuvre combine l’architecture spatiale de Molinari avec l’approche biométrique de Gee pour créer un environnement immersif où les données corporelles des participant·es façonnent l’espace sonore et visuel de l’oeuvre. Le projet a été présenté au PHI Centre de Montréal et dans d’autres contextes internationaux.

Outils et méthodes

L’outillage technique de Gee est construit autour de l’acquisition de signaux biophysiques et de leur traduction en données musicalement exploitables. Elle utilise des capteurs de réponse galvanique (EDA/GSR), des électromyographes de surface (EMG) et des oxymètres pour mesurer des paramètres physiologiques en temps réel lors des performances. Ces données sont traitées par des environnements de programmation comme Max/MSP ou Pure Data, qui établissent des relations entre les variations biologiques et les paramètres sonores — hauteur, timbre, spatialisation, amplitude.

La dimension spatiale du son est centrale dans ses installations : la diffusion multicanal permet que les réponses biométriques de différent·es participant·es occupent des zones distinctes de l’espace acoustique, rendant audible la multiplicité des expériences corporelles simultanées. Dans les projets VR comme Sensitive Superpositions, ce travail s’étend à la spatialisation audio binaurale et à la synchronisation entre signal biométrique, son et image de synthèse.

Sur le plan de la recherche, Gee a présenté des conférences sur l’ASMR comme phénomène esthétique et sur les interfaces corporelles dans des contextes académiques et artistiques. Sa pratique est documentée dans les actes de plusieurs symposiums sur l’art électronique et l’interface corps-machine.

Oeuvres marquantes

La série de performances Muses (en cours depuis 2014) constitue le fil conducteur de sa recherche biométrique : des oeuvres vocales pour voix et électronique dans lesquelles les données corporelles de la performeuse — Gee elle-même — modifient en temps réel le traitement de la voix. Chaque édition de la série documente un stade différent de l’exploration des interfaces entre le physiologique et le musical.

Sensitive Superpositions (2021–2022), co-créée avec Magdalena Molinari, représente le moment où sa recherche biométrique rencontre la réalité virtuelle à grande échelle. L’installation a été présentée au PHI Centre de Montréal, l’un des lieux de référence pour l’art numérique et immersif au Canada, ainsi que dans des contextes internationaux liés aux réseaux d’Amplify D.A.I.

Sa présence au festival Ars Electronica (Linz) et à MUTEK Montréal — deux des festivals les plus importants de l’art numérique et de la musique électronique expérimentale — positionne son travail dans un circuit international. Elle a également exposé au PHI Centre et dans des galeries et centres d’art à Montréal et au-delà.

Pour en savoir plus sur les artistes qui travaillent à l’intersection des arts numériques et du son, consultez le catalogue d’Amplify DAI.

Projets Marquants

Sensitive Superpositions Installation VR collaborative avec Magdalena Molinari. Combine architecture spatiale et données biométriques en temps réel pour créer un environnement sonore et visuel immersif.
2022
Muses Série de performances vocales où les données corporelles de la performeuse modifient le traitement de la voix en temps réel. En développement continu depuis 2014.
2014

Champ Artistique

Erin Gee travaille à l'intersection de l'art sonore, des interfaces corporelles et de la réalité virtuelle. Sa pratique utilise des capteurs biométriques — réponse galvanique, rythme cardiaque, activité musculaire — pour générer du son en temps réel à partir de données physiologiques. L'ASMR est mobilisé non pas comme phénomène de bien-être mais comme médium artistique avec des propriétés acoustiques et relationnelles spécifiques.

Outils et Techniques

Max/MSP, capteurs EDA/GSR, EMG, spatialisation multicanal, audio binaural, moteurs VR

Profil documenté par

valentina.rueda

Valentina Rueda

Curatrice Éditoriale — Amplify DAI

Ce profil a été recherché et rédigé par Valentina Rueda, curatrice spécialisée en art numérique et interfaces expérimentales. Diplômée en Arts Électroniques (UNTREF). Les données, références et le contexte artistique ont été vérifiés auprès de sources primaires : entrevues, registres de festivals et documentation de l'artiste.

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