Magdalena Molinari construit des espaces traversables de lumière pure — sans narration, sans référents reconnaissables, seulement l’expérience sensorielle directe. Architecte de formation, artiste électronique de pratique, enseignante à l’UNTREF, elle démontre depuis dix ans que la rigueur académique et l’expérimentation radicale peuvent coexister dans la même démarche. Ses installations lumineuses ne racontent rien : elles produisent une expérience de perception que le discours viendrait diminuer.
Pratique artistique
La lumière est le matériau primaire de Magdalena Molinari — pas un médium au service d’un message, mais une matière à part entière, avec ses propriétés physiques, ses comportements dans l’espace, sa capacité à modifier la perception sans passer par le langage. Ses installations — traversables, site-specific, de grande échelle — combinent des dispositifs LED, de la programmation électronique, de la vidéo numérique et des systèmes de contrôle pour générer des expériences de sensation pure qui «omettent toute identification ou association avec le connu». Il n’y a pas de symbole. L’oeuvre opère directement sur les sens.
Diplômée en architecture de la Faculté d’Architecture, Design et Urbanisme de l’UBA (2010), sa transition vers les arts électroniques a été progressive et délibérée. En 2016, elle entame un Master en Arts Électroniques à l’Université Tres de Febrero (UNTREF), où elle enseigne aujourd’hui. Cette double condition — architecte qui pense l’espace par l’expérience corporelle, artiste électronique qui programme la lumière comme si elle était structure — définit la singularité de sa position dans la scène argentine des arts numériques.
Sa pratique a été présentée au MACBA, au Centro Cultural Recoleta, à la Muntref, à la Casa Nacional del Bicentenario, au Centro Cultural Rojas, et aux éditions 2018 et 2019 de MUTEK Argentina, ainsi qu’au MUTEK Montréal en 2021. En 2017, elle obtient une bourse de résidence au centre d’art Sporobole (Québec, Canada), où elle développe un système de traduction d’image numérique en lumière — une recherche qui reste centrale dans ses ateliers et ses projets actuels.
Outils et méthodes
Le travail de Molinari articule trois couches techniques : la programmation de systèmes électroniques pour le contrôle de dispositifs LED, le traitement d’image numérique et de vidéo, et — dans sa phase la plus récente — la réalité virtuelle comme extension de l’espace d’installation. Sur le plan pédagogique, elle a dirigé les ateliers Pantallas Analógicas (2018–2021) et El Píxel Aumentado (2019–2022), tous deux orientés vers l’exploration de la conversion d’image numérique en lumière physique. Cette recherche sur la matérialité de la lumière et sa relation à la programmation constitue le noyau technique qui traverse l’ensemble de son oeuvre.
La résidence de Sporobole, à Longueuil, Québec, en 2017, mérite d’être mentionnée dans ce contexte : elle illustre la circulation réelle entre Buenos Aires et le milieu québécois des arts médiatiques, une circulation que la plateforme Amplify DAI a précisément documentée. Pour une praticienne comme Molinari, ce type de résidence croisée ne constitue pas une anecdote biographique mais une étape de développement d’outils et de méthodes spécifiques.
Oeuvres marquantes
Sensitive Superpositions (2021–2022) est son projet le plus documenté dans un contexte international : une collaboration en réalité virtuelle avec l’artiste canadienne Erin Gee, développée avec le soutien d’Amplify D.A.I. L’oeuvre combine des principes architecturaux, la technologie VR et la musique pour créer un espace immersif collaboratif — un cas exemplaire de la fertilité des échanges entre la scène argentine et les artistes du Canada anglophone. The Thickness of the Atmosphere (2020), sa thèse de master, réunit installation lumineuse, vidéo et dessins numériques dans une seule pièce. Plus récemment, Rojo Fulgor (2025) est une installation site-specific présentée à Santiago du Chili, et Hacer un paisaje (2026) a été montrée au Centro Cultural Ex Correo Central de Buenos Aires — témoignages d’une pratique en expansion géographique continue.