Motia est un duo argentin qui travaille à la frontière entre la synthèse analogique et l’art visuel en temps réel. Basé à Buenos Aires, le projet construit des performances où le son modulaire et les visuales génératives ne coexistent pas — ils se génèrent mutuellement. Ce n’est pas de l’électronique avec accompagnement visuel : c’est une pratique où les deux dimensions partagent la même architecture de contrôle.
Pratique artistique
La démarche de Motia s’articule autour d’un principe de réciprocité entre son et image. Les synthétiseurs modulaires produisent des tensions de contrôle qui pilotent simultanément les générateurs audio et les systèmes de visualisation — de sorte que la même décision de patch détermine à la fois la texture sonore et la forme visuelle. Ce couplage n’est pas une métaphore de correspondance sensorielle : c’est une architecture technique concrète où modifier le chemin du signal revient à modifier les deux langages à la fois.
Dans le contexte de la scène électronique expérimentale de Buenos Aires, Motia s’inscrit dans une tradition de pratique audiovisuelle qui refuse la hiérarchie entre le son et l’image — une tradition que l’on retrouve également dans les éditions argentines de MUTEK, festival qui a constitué un des espaces de référence pour ce type de recherche en Amérique latine. La dimension VJ du projet n’est pas ornementale : les visuales sont programmées avec le même niveau de précision que les patches modulaires, et les deux évoluent en temps réel pendant les performances.
Le duo travaille également avec la synthèse modulaire comme instrument de composition, indépendamment du contexte performance. Cette dimension studio — moins visible que les performances en direct — est une part constitutive de la pratique : c’est là que les patches sont développés, testés et documentés avant d’être intégrés dans le contexte live.
Outils et méthodes
La pratique technique de Motia repose sur la synthèse modulaire au format Eurorack, combinée à des environnements logiciels de génération visuelle en temps réel. Le système modulaire n’est pas une configuration fixe : les modules sont choisis et reconfigurés en fonction des besoins de chaque projet. Cette flexibilité est caractéristique des pratiques modulaires avancées, où l’instrument se construit à mesure de chaque performance plutôt que de rester stable d’un concert à l’autre.
Pour les visuales, le duo travaille avec des outils de génération procédurale et de synthèse visuelle qui permettent un contrôle paramétrique fin — le même type de précision que l’on applique au traitement audio modulaire. Les performances VJ de Motia s’appuient sur cette correspondance entre les paramètres sonores et visuels, construisant une cohérence formelle qui est perceptible dans le résultat même sans connaître l’architecture technique sous-jacente.
La synthèse modulaire implique un mode de travail spécifique : chaque session commence par un patch vierge, et les décisions de câblage s’accumulent jusqu’à constituer l’instrument du soir. Ce processus — documenté et répété — est à la fois méthode de composition et performance en soi.
Oeuvres marquantes
Motia a présenté son travail dans les contextes principaux de la scène d’art numérique et de musique électronique de Buenos Aires, notamment lors des éditions argentines de MUTEK et au sein du réseau Artlab — deux espaces qui ont constitué des points de rencontre essentiels pour les artistes du programme Amplify DAI en Amérique du Sud.
La collaboration avec l’artiste sonore Nait Saves représente l’un des projets les plus documentés du duo : une proposition audiovisuelle en direct où les paysages ambients et néoclassiques de Nait Saves dialoguent avec les visuales génératives de Motia dans un système de co-dépendance formelle. Cette collaboration illustre la position de Motia dans la scène locale : un projet connu pour sa précision technique autant que pour sa capacité à fonctionner dans des configurations collaboratives exigeantes.
Les installations du duo — dont Infinity Room, une exploration de l’optique géométrique par miroirs et réflexion lumineuse, et .biox, une oeuvre développée avec le collectif Qualia utilisant le scanning 3D en temps réel — témoignent d’une pratique qui se déploie aussi bien en format installation qu’en performance live.
Voir le profil complet de Motia en espagnol pour la documentation de l’ensemble des projets et performances.