Prifma est un projet d’art génératif et de musique électronique né à Buenos Aires d’une question sur la lumière physique : qu’est-ce qui se passe quand la lumière traverse une matière translucide et que ce passage devient matériau de composition visuelle et sonore ? Créé par Laura Fuchs et Mercedes Invernizzi Oviedo, Prifma construit des expériences audiovisuelles en direct où l’erreur optique — la réfraction, le glitch lumineux — est le point de départ, pas l’accident à corriger.
Pratique artistique
Le dispositif visuel central de Prifma est à la fois simple et précis : des sculptures translucides, conçues pour imiter la structure des cristaux, servent de premier filtre du système. Une caméra web capture le passage de la lumière à travers ces sculptures — enregistrant les déplacements, les erreurs de réfraction, les glitches que génère la matière. Ce flux brut est ensuite traité en temps réel et projeté sur une grande surface LED. Le résultat, que Prifma nomme paysages cellulaires, oscille entre l’organique et le synthétique sans appartenir entièrement à aucun des deux registres.
La pratique se développe principalement en performance audiovisuelle en direct, en collaboration avec la musicienne et productrice électronique Emilia Monin, connue sous le nom d’AVR010. Cette collaboration définit une des caractéristiques centrales du projet : Prifma ne fonctionne pas comme un accompagnement visuel pour la musique, ni l’inverse. Les deux dimensions se définissent mutuellement en temps réel, dans un rapport de co-dépendance formelle qui exige une coordination technique et intuitive entre les deux artistes.
Dans la scène expérimentale latinoaméricaine, Prifma occupe une position spécifique : un projet de visuales en direct qui prend ses décisions formelles à partir du matériau physique — la sculpture, la lumière, la réfraction — plutôt que d’un traitement purement numérique. Cette dimension matérielle est ce qui distingue leur pratique des projets de VJ qui opèrent exclusivement en environnement logiciel.
Outils et méthodes
L’appareil technique de Prifma combine sculpture physique et capture numérique en temps réel. Les sculptures translucides sont fabriquées spécifiquement pour chaque performance ou installation — leur forme, leur densité et leur taille déterminent le type de réfraction et, par conséquent, le caractère visuel de la pièce. La caméra web opère sans correction : elle enregistre l’erreur lumineuse plutôt que de la compenser. Le logiciel de traitement en direct prend ce flux et le projette sur LED, produisant une image qui évolue avec chaque mouvement de la sculpture.
AVR010 travaille depuis une configuration qui inclut des enregistrements de terrain (Tascam), des boucles mélodiques et rythmiques, de la synthèse analogique et un sampler alimenté en matériaux extraits du cinéma et de la télévision. Cette combinaison produit une texture électronique capable d’aller d’un ambient ouvert jusqu’à des structures de synthèse plus denses, en fonction de ce que les visuales de Prifma proposent à chaque moment. Les deux artistes développent une écoute mutuelle de travail qui ne repose pas sur une partition ou une séquence préétablie.
La fabrication des sculptures est aussi une étape compositionnelle : chaque pièce physique est créée en anticipant son comportement lumíneux dans les conditions spécifiques du lieu de performance, ce qui fait de la préparation matérielle une forme de composition préalable.
Oeuvres marquantes
La première performance en direct de la collaboration AVR010 / Prifma a eu lieu dans le cadre de l’Artlab Artist-In-Residence Programme — le programme de résidences artistiques d’Artlab Buenos Aires qui constitue l’un des liens les plus directs du projet avec l’écosystème Amplify DAI.
La dupla a ensuite présenté son travail dans plusieurs des espaces les plus importants du circuit de l’art audiovisuel expérimental international : MUTEK Montréal, MUTEK Argentina, Somerset House Studios (Londres), The Wrong — New Digital Art Biennale, MUTEK España (Barcelone) et MUTEK Tokyo. Cette présence dans plusieurs éditions de MUTEK — dont Montréal, que je couvre depuis 2016 — est un indicateur concret de la reconnaissance du projet dans le circuit international de l’art numérique.
forget about this record (Isla Visión, 2020) est l’EP d’AVR010 qui documente le plus directement l’approche compositionnelle qui alimente les performances de la dupla. Meeting Halfway (2020) constitue le deuxième volet de cette production studio.
Voir le profil complet de Prifma en espagnol pour l’ensemble des collaborations et performances documentées.