La musique de Vic Bang commence là où d’autres producteur·rices s’arrêtent : dans le bruit, le résidu sonore, l’accident acoustique. Sous ce nom de scène, Victoria Barca — musicienne expérimentale établie à Buenos Aires — construit depuis 2006 des compositions à partir de sons miniatures : appels d’oiseaux, rumeurs urbaines, fragments de conversation, mélodies effilochées. Ce qui en résulte est rarement confortable, toujours précis.
Pratique artistique
Le travail de Vic Bang se situe à la frontière floue entre le numérique et l’acoustique, entre ce qui est enregistré et ce qui est synthétisé. Elle utilise des enregistrements de terrain comme matériau de base — pas comme ornement, mais comme structure. Les fragments prélevés dans l’environnement quotidien sont ensuite transformés par synthèse FM et traitement granulaire, jusqu’à devenir autre chose : des rythmes, des textures, des architectures sonores qui gardent une mémoire de leur provenance.
Un axe important de sa pratique récente est l’utilisation du feedback comme matériau compositionnel. Là où la plupart des pratiques de studio cherchent à l’éliminer, elle le cultive — lui donnant des formes rythmiques et harmoniques qui se situent entre le bruit et la mélodie. Son album Oda (2023), qui intègre des instruments acoustiques enregistrés aux côtés de sons synthétisés, poursuit cette direction avec des tempos plus lents et ce qu’elle décrit comme une exploration patiente du son.
Outils et méthodes
Sa pratique en studio s’organise autour de la synthèse FM et du traitement granulaire, combinés à des flux de travail d’enregistrement de terrain développés sur deux décennies. Elle travaille avec des synthétiseurs matériels et logiciels, les traitant non pas comme équivalents mais comme produisant chacun un type de son qualitativement différent. En performance live, le câblage de patches et la manipulation en temps réel remplacent les structures fixes de la production en studio.
Vic Bang a une relation pragmatique aux outils numériques : elle considère que la musique électronique a démocratisé la production, rendant le son de haute qualité accessible depuis les studios domestiques. Cette conviction — que la technologie peut élargir l’accès, pas seulement les possibilités techniques — est perceptible dans la façon dont elle parle de son travail.
Œuvres choisies
Blop (Abyss, 2015), son premier album sous l’alias Vic Bang, établit le vocabulaire central : micro-compositions nées de l’enregistrement de terrain et de la synthèse FM. Lira (Kit Records, UK, 2020), sorti en format cassette, marque un déplacement vers des structures rythmiques plus affirmées. Oda (2023) est son disque le plus récent, avec des instruments acoustiques enregistrés comme matériau principal.
Elle a également contribué à des projets de remix — dont une version d'”Autotel” sur EC Underground — et a participé à Amplify DAI comme intervenante, où sa pratique a servi de cas d’étude sur la production indépendante dans l’écosystème musical expérimental latino-américain.
[EMBED: Bandcamp — vicbang.bandcamp.com]